Charles d'Avray, 1912 Version Binam'
Tu veux bâtir des cités idéales,
Détruis d'abord les monstruosités :
Gouvernements, casernes, cathédrales,
Qui sont pour nous autant d'absurdités.
Dès aujourd'hui vivons le communisme,
Ne nous groupons que par affinités,
Notre bonheur naîtra de l'altruisme,Que nos désirs soient des réalités.
Refrain
Debout ! Debout ! compagnons de misère,
L'heure est venue, il faut nous révolter,
Que le sang coule et rougisse la terre,
Mais que ce soit pour notre liberté.
C'est reculer que d'être stationnaire,
On le devient de trop philosopher.
Debout ! Debout ! Vieux revolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher,
Debout ! Debout ! Vieux revolutionnaire
Et l'Anarchie enfin va triompher.
2.
Empare-toi maintenant de l'usine,
Du Capital ne sois plus serviteur,(Du capital, deviens le fossoyeur)
Reprends l'outil et reprends la machine,
Tout est à tous, rien n'est à l'exploiteur.
Sans préjugés, suis les lois de nature
Et ne produis que par nécessité,
Travail facile ou besogne très dure
n'a de valeur qu'en son utilité.
au Refrain...
3.
On rêve amour au delà des frontières,
On rêve amour aussi de ton coté,
On rêve amour dans les nations entières,
L'erreur fait place à la réalité.
Oui la patrie est une baliverne,
Un sentiment doublé de lâcheté,(Un sentiment doublé de lâcheté)
Ne reste pas de la viande à caserne,(Ne deviens pas de la viande à caserne)
Petit soldat, mieux te vaut déserter.(Jeune conscrit, mieux te vaut déserter)
au Refrain...
4.
Tous tes élus fous-les à la potence,
Lorsque l'on souffre on doit savoir châtier,
Leurs électeurs fouaille-les d'importance,
Envers aucun il ne faut de pitié.
Eloigne-toi de toute politique,
Dans une loi ne vois qu'un châtiment,
Car ton bonheur n'est pas problématique,
Pour vivre heureux, Homme, vis librement.
au Refrain...
5.
Quand ta pensée invoque ta confiance,
Avec la science il faut te concilier,
C'est le savoir qui forge la conscience,
L'être ignorant est un irrégulier.
Si l'énergie indique un caractère,
La discussion en dit la qualité,
Entends, réponds, mais ne sois pas sectaire,
Ton avenir est dans la vérité.
au Refrain...
6.
Place pour tous au banquet de la vie,
Notre appétit, seul, peut se limiter,
Que pour chacun la table soit servie,
Le ventre plein, l'homme peut discuter.
Que la nitro, comme la dynamite
Soient là, pendant qu'on discute raison,
S'il est besoin, renversons la marmite !
Mais, de nos maux hâtons la guérison.
au Refrain...
La Makhnovtchina
Étienne Roda-Gil (parole) - T. Atourov (musique, "les partisans" russe)
Makhnovtchina, Makhnovtchina
Tes drapeaux sont noirs dans le vent.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang.
Par les monts et par les plaines
Dans la neige et dans le vent.
À travers toute l'Ukraine
Se levaient nos partisans.
À travers toute l'Ukraine
Se levaient nos partisans.
Au printemps les traités de Lénine
Ont livré l'Ukraine aux allemands.
À l'automne, la Makhnovtchina
Les avaient jetés au vent.
À l'automne, la Makhnovtchina
Les avaient jetés au vent.
Makhnovtchina, Makhnovtchina
Tes drapeaux sont noirs dans le vent.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang.
L'armée blanche de Dénikine
Est entrée en Ukraine en chantant,
Mais bientôt la Makhnovtchina
L'a dispersée dans le vent.
Mais bientôt la Makhnovtchina
L'a dispersée dans le vent.
Makhnovtchina, Makhnovtchina
Armée noire de nos partisans,
Qui combattaient en Ukraine
Contre les rouges et les blancs.
Qui combattaient en Ukraine
Contre les rouges et les blancs.
Makhnovtchina, Makhnovtchina
Armée noire de nos partisans,
Qui voulaient chasser d'Ukraine
À jamais tous les tyrans
Qui voulaient chasser d'Ukraine
À jamais tous les tyrans
Makhnovtchina, Makhnovtchina
Tes drapeaux sont noirs dans le vent.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang.
Ils sont noirs de notre peine,
Ils sont rouges de notre sang
Je vous passerai la vertion Binam' et Beru' que tous connaissent (et sinon, elle est partout sur internet)
La Semaine sanglante
Jean-Baptiste Clément (paroles) - Pierre Dupont (musique), 1871
Sauf des mouchards et des gendarmes,
On ne voit plus par les chemins
Que des vieillards tristes aux larmes,
Des veuves et des orphelins.
Paris suinte la misère,
Les heureux même sont tremblants,
La mode est au conseil de guerre
Et les pavés sont out sanglants.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche.
Ces mauvais jours-là finiront
Et gare à la revanche
Quand tous les pauvres s'y mettront !
Les journaux de l'ex-préfecture,
Les flibustiers, les gens tarés,
Les parvenus par aventure,
Les complaisants, les décorés,
Gens de bourse et de coin de rues,
Amants de filles aux rebuts,
Grouillent comme un tas de verrues
Sur les cadavres des vaincus.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc.
On traque, on enchaîne, on fusille,
Tout ce qu'on ramasse au hasard :
La mère à côté de sa fille,
L'enfant dans les bras du vieillard.
Les châtiments du drapeau rouge
Sont remplacés par la terreur
De tous les chenapans de bouge,
Valets de rois et d'empereurs.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc.
Nous voilà rendus aux jésuites,
Aux Mac-Mahon, aux Dupanloup,
Il va pleuvoir des eaux bénites,
Les troncs vont faire un argent fou
Et Saint-Eustache et l'Opéra
Vont se refaire concurrence
Et le bagne se peuplera.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc.
Demain, les manons, les lorettes,
Et les dames des beaux faubourgs
Porteront sur leurs collerettes
Des chassepots et des tambours.
On mettra tout au tricolore,
Les plats du jour et les rubans,
Pendant que le héros Pandore
Fera fusiller nos enfants.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc.
Demain les gens de la police
Refleuriront sur le trottoir,
Fiers de leurs états de service
Et le pistolet en sautoir.
Sans pain, sans travail et sans armes,
Nous allons être gouvernés
Par des mouchards et des gendarmes,
Des sabre-peuple et des curés.
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc.
Le peuple au collier de misère
Sera-t-il toujours rivé ? ...
Jusques à quand les gens de guerre
Tiendront-ils le haut du pavé ? ...
Jusques à quand la sainte clique
Nous croira-t-elle un vil bétail ?...
A quand enfin la République
De la justice et du travail ?...
Oui, mais ...
Ça branle dans le manche, etc
Révolte
Sebastien Faure, 1886
Nous sommes les persecutés
De tous les temps et de toutes les races
Toujours nous fumes exploités
par les tyrans et les rapaces
Mais nous ne voulons plus flechir
Sous le joug qui courba nos peres
Car nous voulons nous affranchir
de ceux qui causent nos miseres
Refrain : Eglise, Parlement, Capitalisme, Etat, Magistrature
Patrons et Gouvernants, liberons nous de cette pourriture
Pressant est notre appel, donnons l'assaut au monde autoritaire
Et d'un coeur fratenel nous realiserons l'ideal libertaire
Ouvrier ou bien paysan
Travailleur de la terre ou de l'usine
Nous sommes dès nos jeune ans
Reduits aux labeurs qui nous minent
D'un bout du monde à l'autre bout
C'est nous qui creons l'abondance
C'est nous tous qui produisons tout
Et nous vivons dans l'indigence
Refrain
L'Etat nous ecrase d'impots
Il faut payer ses juges, sa flicaille
Et si nous protestons trop haut
Au nom de l'ordre on nous mitraille
Les maitres ont changés 100 fois
C'est le jeu de la politique
Quelques soit ceux qui font les lois
C'est bien toujours la même clique
Refrain
Pour defendre les interets
Des flibustiers de la grande industrie
On nous ordonne d'etre prets
A mourir pour notre patrie
Nous ne possedons rien de rien
Nous avons horreur de la guerre
Voleurs, defendez votre bien
Ce n'est pas à nous de le faire
Refrain
La chanson du père Duchesne
anonyme - Ravachol (pour le couplet du bon dieu dans la merde)
Né en 92 nom de dieu mon nom est Père Duchesne
Marat fut généreux nom de dieu à qui lui porta haine cent dieux
Je veux parler sans gène nom de dieu
Coquin filou peureux nom de dieu vous m'appeler canaille
Dès que j'ouvre les yeux nom de dieu jusqu'au soir je travaille cent dieux
Et je couche sur la paille nom de dieu
On nous promet les cieux nom de dieu pour toute récompense
Tandis que ces messieurs nom de dieu s'arrondissent la panse cent dieux
Nous crevons d'abstinence nom de dieu
Pour mériter les cieux nom de dieu voyez vous ces bougresses
Au vicaire le moins vieux nom de dieu s'en aller à confesse cent dieux
Se Faire peloter les fesses nom de dieu
Si tu veux être heureux nom de dieu pends ton propriétaire
Coupes les curés en deux nom de dieu fous les églises par terre cent dieux
Et le bon Dieu dans la merde nom de dieu
Peuples trop oublieux nom de dieu si jamais tu te lève
Ne soit pas généreux nom de dieu patrons bourgeois et prêtres cent dieux
Méritent la lanterne nom de dieu
La java des Bons-Enfants
Raymond Callemin dit Raymond-la-Science, 1892
Dans la rue des Bons Enfants
On vend tout au plus offrant
Y avait un commissariat
Et maintenant il n'est plus là
Une explosion fantastique
N'en a pas laissé une brique
On crut que c'était Fantomas
Mais c'était la lutte des classes
Un poulet zélé vint vite
Y porter une marmite
Qu'était à renversement
Et la retourne imprudemment
Le brigadier, le commissaire
Mêlés aux poulets vulgaires
Partent en fragments épars
Qu'on ramasse sur un buvard
Contrairement à ce qu'on croyait
Y en avait qui en avaient
L'étonnement est profond
On peut en voir jusqu'au plafond
Voilà bien ce qu'il fallait
Pour faire la guerre aux palais
Sache que ta meilleure amie
Prolétaire, c'est la chimie
Les socialos n'ont rien fait
Pour abréger les forfaits
L'infamie capitaliste
Mais heureusement vient l'anarchiste
Plus de misère salariée
Mise à prix sur le Marché
Plus de patron et plus de patrie
Se tuer pour eux, c'est fini
C'en est assez des réformes
Des rébellions dans la norme
Faut régler radicalement
Le problème social en suspens
Dans la rue des Bons Enfants
Viande à vendre au plus offrant
L'avenir radieux prend place
Car le Vieux Monde est à la casse
Dynamite
Martenot, 1893
Il est un produit merveilleux expérimenté par la science
Et qui pour nous les miséreux fera naître l'indépendance
Tant mieux s'il éclate parfois en faisant beaucoup de victimes
Chez nos ennemis les bourgeois cela nous venge de leurs crimes
Placer une marmite bourrée de dynamite
Quelque soit la maison en faisant explosion en tonnerre ira vite
Pour inspirer la terreur il n'y a rien de meilleur que la dynamite
On guillotine Ravachol un copain qui avait de l'envergure
Aujourd'hui c'est un espagnol qu'on fusille pour son allure
Il su montrer à son tour qu'il était un homme invincible
En plus il promettait qu'un jour la vengeance serait terrible
Vive la dynamite puisque l'on nous irrite
A chaque exécution nous mettrons en action notre arme favorite
Car pour semer la terreur il n'y a rien de meilleur que la dynamite
Vous pouvez dresser l'échafaud la potence et la guillotine
Nous nous avons ce qu'il nous faut pour vous faire sauter en sourdine
Si vous croyez qu'ça finira vous êtes loin de votre affaire
Pour un homme qu'on nous tueras nous en foutrons 500 par terre
Avec la dynamite nous répondrons de suite
Casernes et prisons sans flûte sans violons danseront au plus vite
Car pour semer la terreur il n'y a rien de meilleur que la dynamite
La canaille
Alexis Bouvier, 1865
Dans la vieille cité française
Existe une race de fer ;
Dont l'âme comme une fournaise
À de son feu bronzé la chair.
Tous ses fils naissent sur la paille
Pour palais ils n'ont qu'un taudis...
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
Ce n'est pas le pilier du bagne ;
C'est l'honnête homme dont la main
Par la plume ou le marteau gagne
En suant son morceau de pain.
C'est le père enfin qui travaille
Les jours et quelquefois les nuits
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
C'est l'artiste, c'est le bohème
Qui sans souper rime rêveur
Un sonnet à celle qu'il aime
Trompant l'estomac par le c½ur.
C'est à crédit qu'il fait ripaille
Qu'il loge et qu'il a des habits
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
C'est l'homme à la face terreuse
Au corps maigre, à l'½il de hibou
Au bras de fer à main nerveuse
Qui sortant d'on ne sait pas où
Toujours avec esprit vous raille
Se riant de votre mépris...
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
C'est l'enfant que la destinée,
Force à jeter ses haillons
Quand sonne sa vingtième année
Pour entrer dans nos bataillons.
Chair à canon de la bataille
Toujours il succombe sans cris...
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
Ils fredonnaient la Marseillaise
Nos pères les vieux vagabonds
Attaquant en quatre-vingt-treize
Les bastilles dont les canons
Défendaient la vieille muraille...
Que de trembleurs ont dit depuis >
« C'est la canaille ! »
Eh bien ! j'en suis !
Les uns travaillent par la plume
Le front dégarni de cheveux
Les autres martèlent l'enclume
Et se soûlent pour être heureux.
Car la misère en sa tenaille
Fait saigner leurs flancs amaigris
C'est la canaille !
Eh bien ! j'en suis !
Enfin, c'est une armée immense
Vêtue en haillons, en sabots
Mais qu'aujourd'hui la vieille France,
Les appelle sous ses drapeaux.
On les verra dans la mitraille
Ils feront dire aux ennemis :
« C'est la canaille ! »
Eh bien ! j'en suis !
La chanson de Craonne
anonyme, 1917
Quand au bout d'huit jours, le r'pos terminé,
On va r'prendre les tranchées,
Notre place est si utile
Que sans nous on prend la pile.
Mais c'est bien fini, on en a assez,
Personn' ne veut plus marcher,
Et le coeur bien gros, comm' dans un sanglot
On dit adieu aux civ'lots.
Même sans tambour, même sans trompette,
On s'en va là haut en baissant la tête.
{Refrain:}
Adieu la vie, adieu l'amour,
Adieu toutes les femmes.
C'est bien fini, c'est pour toujours,
De cette guerre infâme.
C'est à Craonne, sur le plateau,
Qu'on doit laisser sa peau
Car nous sommes tous condamnés
C'est nous les sacrifiés !
Huit jours de tranchées, huit jours de souffrance,
Pourtant on a l'espérance
Que ce soir viendra la r'lève
Que nous attendons sans trêve.
Soudain, dans la nuit et dans le silence,
On voit quelqu'un qui s'avance,
C'est un officier de chasseurs à pied,
Qui vient pour nous remplacer.
Doucement dans l'ombre, sous la pluie qui tombe
Les petits chasseurs vont chercher leurs tombes.
{au Refrain}
C'est malheureux d'voir sur les grands boul'vards
Tous ces gros qui font leur foire ;
Si pour eux la vie est rose,
Pour nous c'est pas la mêm' chose.
Au lieu de s'cacher, tous ces embusqués,
F'raient mieux d'monter aux tranchées
Pour défendr' leurs biens, car nous n'avons rien,
Nous autr's, les pauvr's purotins.
Tous les camarades sont enterrés là,
Pour défendr' les biens de ces messieurs-là.
{au Refrain}
Ceux qu'ont l'pognon, ceux-là r'viendront,
Car c'est pour eux qu'on crève.
Mais c'est fini, car les trouffions
Vont tous se mettre en grève.
Ce s'ra votre tour, messieurs les gros,
De monter sur l'plateau,
Car si vous voulez la guerre,
Payez-la de votre peau !
Voilà, j'ai mis celle qui en vallaient le coup selon moi... mais j'en ai sûrement oubliées...

